Parler (verbe, nom masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

I.
X e siècle. Emprunté du latin chrétien parabolare , de même sens.

I. V. intr.
1. User de la faculté du langage ; proférer, prononcer, articuler des mots. L'homme est la seule créature qui ait véritablement le don de . Un enfant qui commence à , qui ne sait pas encore . Parler bas, fort. Parler à l'oreille de quelqu'un . Loc. Parler du nez , voir . Parler gras , grasseyer. Parler pointu , d'une voix aiguë ou, pour les méridionaux, à la manière des Français du Nord de la France . Parler entre ses dents , en marmonnant. Parler haut, voir . Parler haut et clair , voir . Expr. On croirait, on dirait qu'il va , se dit communément pour souligner la ressemblance, la véracité d'un portrait. Par ext. Se dit de certains oiseaux qui imitent le langage de l'homme. Apprendre à à un perroquet, à un mainate .
2. Exprimer sa pensée en usant du langage articulé, en proférant, en prononçant une suite de mots. Parler correctement, nettement, en termes choisis. Parler simplement, pompeusement. Parler avec élan, fougue, passion. Il a besoin de , il aime à . Parler inconsidérément, en étourdi. Parler contre sa pensée, contre sa conscience. C'est une manière, une façon de , de s'exprimer. Entre dans de nombreuses locutions et expressions dont certaines sont figurées. Parler juste , raisonner et s'exprimer avec justesse. Parler d'or , à la satisfaction de l'auditoire, de la manière la plus appropriée à la circonstance. Parler comme un livre , avec facilité et en termes recherchés (s'emploie souvent avec une nuance d'ironie). Savoir ce que veut dire , saisir l'allusion, comprendre à demi-mot. Parler d'abondance , improviser avec aisance. Parler à bâtons rompus , de tous les sujets qui se présentent dans la conversation, en passant librement de l'un à l'autre. Parler net , franc , ouvertement, résolument. Parler à cœur ouvert , avec une entière franchise. Parler dans le désert , inutilement à des gens qui ne veulent pas se laisser convaincre, en vain. Parler pour , pour ne rien dire , tenir des propos sans intérêt. Parler comme un perroquet , sans savoir ce qu'on dit ou en répétant ce qu'on entend dire à autrui. Parler à tort et à travers , sans discernement, de n'importe quoi. Parler légèrement, à la légère, au hasard, sans réflexion ou sans être informé. Parler en l'air , sans fondement ou sans attacher d'importance à ce qu'on dit. Trop , s'exprimer sans réserve ou imprudemment. Je vous apprendrai à , s'emploie, par menace, pour contraindre quelqu'un à s'exprimer avec plus de respect. Il faut laisser le monde, les gens ou, simplement, il faut laisser , il ne faut pas se mettre en peine des commérages, des commentaires indiscrets ou malveillants. On dit dans le même sens : Quoi que vous fassiez, les gens ont . Expr. proverbiales. Il y a un temps pour , il faut s'exprimer à propos. Trop nuit, trop gratter cuit , si l'on dépasse la mesure, il en résulte un mal au lieu d'un bien. Accompagnés d'un adverbe, le participe parlant ou l'infinitif précédé de la préposition à forment des locutions. Généralement parlant , à prendre la chose en général. Strictement parlant. À franchement . À proprement , pour employer les termes exacts.
3. Parler à, avec , adresser la parole à ; avoir un entretien, converser avec. C'est à vous que je parle. J'ai à vous . Cet écolier parle sans cesse à son voisin, avec son voisin. Ils ne se parlent plus , ils sont brouillés. Je n'ai pu trouver à qui dans cette foule. Moi qui vous parle , formule par laquelle on insiste sur l'authenticité de son propos, de son récit. Moi qui vous parle, j'ai participé à ce débat. À qui croyez-vous ? se dit pour rappeler à quelqu'un la qualité, la dignité de son interlocuteur. Par ext. Parler au cœur, à l'imagination, aux passions , s'exprimer de manière à toucher le cœur, à plaire à l'imagination, à flatter les passions. Expr. fig. Trouver à qui , rencontrer de l'opposition, de la résistance, trouver des gens qui vous tiennent tête. Parler à un sourd ou Parler à un mur , à quelqu'un qui est résolu à ne rien entendre. Parler à son bonnet (vieilli), s'adresser à soi-même.
4. Parler de , s'entretenir de. De quoi parlez-vous tous les deux ? Nous parlons de nos affaires. Nous en avons parlé ensemble. Je n'en ai jamais entendu . Tout le monde, toute la ville en parle. On en parle, on ne parle que de cela , c'est le sujet de toutes les conversations. On en entendra , se dit d'une personne qui devrait acquérir une certaine renommée ou d'un évènement qui donnera lieu à beaucoup de commentaires. Cela ne vaut pas la peine d'en , c'est une chose sans importance. Parler de peut signifier simplement Faire allusion à, évoquer. On parle de lui pour ce poste. Il parle de démission, de démissionner , il en manifeste plus ou moins nettement l'intention. Loc. Bien , mal de quelqu'un , en dire du bien, du mal. Parlons-en ! Parlez-moi de cela ! ou au contraire Ne m'en parlez pas ! exclamation par laquelle on manifeste, selon les circonstances, son approbation ou sa désapprobation. (On dit aussi, elliptiquement et familièrement, Tu parles ! souvent par ironie, en signe d'incrédulité.) Expr. En à son aise , voir . Parler de la pluie et du beau temps , s'entretenir de choses indifférentes. Faire de soi , acquérir une réputation, soit en bien, soit en mal. En parlant d'une femme, s'entendait surtout, autrefois, en un sens défavorable. C'est une femme dont on a parlé , dont la réputation n'est pas intacte. Cette femme n'a jamais fait d'elle , elle a toujours eu une conduite sage et régulière, n'a jamais donné prise à la médisance. Expr. proverbiales. Quand on parle du loup, on en voit la queue , se dit lorsque quelqu'un survient au moment où l'on s'entretenait de lui. Il ne faut pas de corde dans la maison d'un pendu , voir . Loc. prép. Sans de , indépendamment de. Il est l'objet de bien des attaques, sans , sans même des calomnies .
5. Parler pour quelqu'un , intervenir en sa faveur, intercéder pour lui. On dit dans le sens contraire Parler contre quelqu'un . Fig. Ses mérites parlent pour lui. Tout parle contre lui .
6. Dans des emplois absolus. Révéler, dévoiler quelque secret ; passer aux aveux. Le suspect a parlé. Je saurai bien le faire . Il a parlé sous la torture. Ne me forcez pas à , craignez que je ne révèle des choses qui ne seraient pas à votre avantage. Dans une acception plus étendue. Faire connaître sa volonté, ses intentions, ses sentiments, sa pensée. Dieu parle par la voix des prophètes. Vous n'avez qu'à , vous serez obéi. Parler au nom de quelqu'un. Parler de son plein chef. Chacun parla à son tour. Il donne toujours raison au dernier qui parle . Par ext. La vérité, la raison, l'équité parle par sa bouche . Spécialt. Au jeu, notamment aux jeux de cartes, annoncer son jeu, sa mise, etc. C'est à vous de . Son partenaire n'a pas encore parlé . Loc. Parler en maître , comme un homme dont le sentiment fait autorité ou, simplement, en adoptant un ton autoritaire et sans réplique. Faire quelqu'un , lui prêter un discours qu'il n'a pas tenu. Faire les morts , voir . Fam. Voilà ce qui s'appelle ! Voilà qui est ! ou encore C'est , cela ! se dit pour approuver ce qui vient d'être dit, marquer son admiration, sa satisfaction. Parler signifie aussi Prendre la parole en public, prononcer un discours. L'art de en public est l'objet de la rhétorique et de l'éloquence. S'écouter , se complaire à son propre discours.
7. Manifester ses sentiments, ses pensées par d'autres moyens que la parole. Les muets parlent par signes. Ils se parlaient des yeux et du geste . Spécialt. Expliquer sa pensée par écrit. Aristote a très bien parlé de cette matière. Il ne me parle pas de cela dans sa lettre . Par méton. Le contrat ne parle point de cette clause. La loi est formelle là-dessus et parle très clairement . Par anal. La musique, la peinture parlent à nos sens, à nos émotions. En votre absence, tout ici nous parlait de vous. Les cieux et toute la nature parlent de la puissance du Créateur . Loc. et expr. Faire les cartes , faire les tables , pratiquer la cartomancie, le spiritisme. Faire les armes, la poudre , s'en remettre au sort des armes, des combats. Cela parle tout seul, parle de soi , cela se comprend sans qu'il soit besoin d'explication. Les faits parlent d'eux-mêmes .

II. V. tr.
1. S'exprimer dans une langue déterminée. Parler sa langue maternelle. Parler la langue française, le français . L'article est couramment omis. Parler français, italien. Entre eux, ils parlent le patois, l'argot ou ils parlent patois, argot . On disait aussi Parler gascon, normand pour Parler avec l'accent gascon, normand. Parler plusieurs langues , savoir les manier. Parler un bon français, un mauvais espagnol , s'exprimer bien, mal dans cette langue. Cette langue est parlée ou, pron., se parle partout dans le monde . Fig. Parler français ou, vieilli, chrétien , s'exprimer clairement, intelligiblement ; signifier nettement et honnêtement son intention, sa volonté. Fam. Parler hébreu, chinois , s'exprimer sur des sujets ou en des termes inconnus de l'interlocuteur.
2. S'entretenir de ; prendre pour sujet de conversation, de discours (est alors suivi directement du complément, sans l'article). Parler musique, peinture. Parler politique, affaires. Parler chicane , de procès, de procédure. Fam. et péj. Parler boutique , se dit de plusieurs personnes qui s'entretiennent du métier qu'elles ont en commun. Parler chiffons, de vêtements et, fig., de choses futiles. Loc. Parler raison , chercher à raisonner quelqu'un, ou revenir soi-même à la raison. Parler raison à un enfant. Voilà enfin raison .


1ère signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Proférer, prononcer, articuler des mots. "L'homme est la seule créature qui ait véritablement le don de . Un enfant qui commence à , qui ne sait pas encore . Vous parlez si bas que je ne vous entends pas. Il ne faut pas haut dans la chambre d'un malade. Parler du nez, de la gorge. Parler à l'oreille de quelqu'un. Parler avec peine. Avoir de la peine à . Il parle toujours entre ses dents."
Il se dit, en ce sens, de Certains oiseaux qui imitent le langage de l'homme, comme les perroquets, les sansonnets, les geais, les pies, etc. "Apprendre à à un perroquet."
PARLER signifie aussi Exprimer sa pensée en articulant les mots d'une langue. "Parler correctement. Parler inconsidérément. Je n'en parle que par ouï-dire. Il n'en parle que par envie. Je n'ai jamais entendu de cette affaire. Toute la ville en parle. Parler de tout en étourdi, comme un étourdi. Parler en public. Parler sur des matières difficiles. Parler en termes choisis, en termes précis. Parler avant d'avoir pensé. Parler pour ne rien dire. Parler autrement qu'on ne pense, autrement qu'on n'agit. Parler contre sa pensée. Parler contre sa conscience. Parler de confiance. Il a un besoin de , une démangeaison de ".
"Parler bien", Parler avec une élocution correcte, avec élégance et pureté, et, dans le sens contraire, "Parler mal," ou "Ne savoir pas ."
"Parler bien, mal, mal d'une personne," En dire du bien, en dire du mal. "Il ne faut pas mal de son prochain. C'est une lâcheté de mal des absents."
"Parler juste," Raisonner et s'exprimer avec justesse.
Fam., "Parler d'or", Parler de la manière la plus convenable dans la circonstance, ou la plus satisfaisante pour celui à qui on parle.
"Parler avec passion," Dire des choses que la passion suggère.
Prov., "Parler de la pluie et du beau temps," Discourir, s'entretenir de choses indifférentes.
Fam., "Parler à bâtons rompus." Voyez BÂTON.
Fam., "Parler en l'air," Parler sans aucun dessein, sans attacher la moindre importance à ce qu'on dit. "Je vous parle de cela en l'air et sans aucune intention." Il signifie aussi Parler sans fondement, sans être bien instruit. "Il parle de cela en l'air et sans savoir de quoi il est question."
"Parler au hasard, à la légère", Parler sans réflexion, de ce qu'on ne sait pas bien.
"Parler légèrement," Parler sans être suffisamment informé. légèrement de quelqu'un, on peut faire bien du mal."
"Parler à tort et à travers", Parler sans discernement, sans ordre, de tous les sujets qui se présentent dans la conversation.
Fam., "Parler pour ," Parler sans avoir rien à dire.
Fig., "Parler comme un perroquet," Parler sans savoir ce qu'on dit, ou Parler d'après autrui.
Fig., "Parler comme un livre," Parler avec facilité, mais en termes trop recherchés et trop arrangés pour la conversation. Il peut aussi se prendre en bonne part et signifie alors S'exprimer heureusement sur certains sujets.
Fig. et fam., "Il en parle comme un aveugle des couleurs" se dit de Quelqu'un qui se mêle de de choses dont il n'a aucune connaissance.
"Parler à coeur ouvert," Parler avec une entière franchise.
"Parler d'abondance," Parler sans préparation, ou du moins sans réciter de mémoire.
"Parler au coeur, à l'imagination, aux passions," Parler de manière à toucher le coeur, à plaire à l'imagination, à flatter, à exciter les passions.
Fig. et fam., "Parler à un mur," Parler à des gens qui ne sont point touchés de ce qu'on leur dit, des représentations qu'on leur fait, des prières qu'on leur adresse.
Fig., "Parler dans le désert," Parler inutilement à des gens qui ne veulent pas se laisser convaincre.
Fig. et fam., "Parler à un sourd," Parler à un homme qui est résolu à ne rien accorder, à ne rien faire de ce qu'on lui demande.
Fig. et fam., "Parler à son bonnet," Se à soi-même.
Fig. et fam., "Parler à cheval à quelqu'un," Lui avec hauteur et dureté.
Fig., "Parler haut, bien haut," Parler avec autorité, d'une façon impérieuse. "Le ministre l'a fait venir et lui a parlé haut." Il signifie aussi Parler avec insolence. "Ne parlez pas si haut. Je saurai bien l'empêcher de si haut."
Fam., "Il en parle bien à son aise," se dit de Quelqu'un qui donne quelque conseil difficile à pratiquer et qu'il n'est pas obligé de suivre, ou qui parle avec indifférence des misères et des douleurs qu'il n'éprouve pas. "Il parle bien à son aise du mépris des richesses, lui qui est fort riche."
Par menace, "Je vous apprendrai à ," Je saurai bien vous contraindre à avec plus de retenue, avec plus de respect.
Fam., "Savoir ce que veut dire," Saisir l'allusion, comprendre à demi-mot.
Prov., "Il y a un temps pour ," Il faut à propos.
Prov., "Trop nuit, trop gratter cuit," Quand on parle trop, on s'attire souvent des ennemis.
PARLER signifie aussi Adresser la parole, avoir un entretien, converser. "Parler avec quelqu'un. Parler à quelqu'un. Moi qui vous parle. C'est à vous que je parle."
"Je n'ai pu trouver à qui dans cette" "maison, dans cette société," Je n'y ai pas vu une personne de connaissance.
Fam., "Trouver à qui ," Trouver de l'opposition, de la résistance, trouver des gens qui vous tiennent tête.
PARLER signifie encore S'entretenir de. "De quoi parlez-vous tous les deux? Nous parlons de vos affaires. Nous en ons tantôt ensemble. Je vous ai de quelque chose qui vous regarde. Parlez de moi au ministre. Je les ai laissés qui parlaient d'affaires."
"On en parle fort, il en est fort parlé dans le monde," se dit d'une Chose qui fait le sujet de l'entretien du public.
"On en parle diversement" se dit d'une Action, d'un événement qui est raconté de différentes manières, ou d'une chose que les uns louent et que les autres blâment.
Fam., "Il faut laisser le monde, il faut laisser les gens" ou, simplement, "Il faut laisser ," Il ne faut pas se mettre en peine de ce que le monde dit mal à propos. On dit dans le même sens : "Quoi que vous fassiez, les gens ont."
"Cela ne vaut pas la peine d'en " se dit d'une Chose qui est peu importante, ou à laquelle on veut paraître attacher peu d'importance.
"Ne m'en parlez pas," Ne me mettez pas sur ce chapitre, n'agitez pas cette question. Il se dit pour indiquer une déception, un mécontentement. "Votre affaire est-elle en bonne voie? Ne m'en parlez pas : je la crois perdue sans remède."
"Parlez-moi de cela!" se dit en signe d'approbation ou de consentement. "Voilà des offres raisonnables, parlez-moi de cela!" On dit, dans un sens analogue, "Parlez-moi de cet homme-là!"
"Faire de soi", Faire des choses qui viennent à la connaissance de tout le monde, dont tout le monde s'entretient : cela se dit également en bien et en mal. "C'est un homme qui a beaucoup fait de lui autrefois."
"Cet homme n'a point fait de lui," Il n'a rien fait qui lui ait donné de la réputation. On dit aussi "Il est naturel qu'un débutant souhaite faire de lui."
En parlant d'une Femme, "Faire de soi" a toujours un sens défavorable. "Cette femme n'a jamais fait d'elle," Elle a toujours eu une conduite régulière, elle n'a jamais donné prise à la médisance. "C'est une femme dont on a parlé," C'est une femme dont la réputation n'est pas intacte.
"Il en sera parlé, on en entendra ," Cela doit faire du bruit, de l'éclat dans le monde.
"Il en sera parlé à jamais," La postérité en conservera le souvenir.
PARLER, employé absolument, signifie encore Révéler, dévoiler quelque chose. "Il faut que quelqu'un ait parlé," Il paraît probable que quelqu'un a divulgué ce secret.
Par forme de menace, "Ne me faites point , ne me forcez pas à ," Craignez que je ne dise des choses qui ne seraient pas à votre avantage.
PARLER signifie aussi, dans une acception plus étendue, Expliquer ses sentiments, sa pensée, déclarer son intention, sa volonté. "C'est un homme qui ne veut pas nettement. On a fait ce qu'on a pu pour le faire , mais il n'y a pas eu moyen d'en venir à bout. Je saurai bien le faire . Expliquez-vous mieux, ce n'est pas là . Parler au nom de quelqu'un. Parler de son chef. Parler par interprète. Vous n'avez qu'à , vous serez servi. Il parle de s'en aller."
Fig., "Faire quelqu'un," Ajouter aux paroles de quelqu'un, y donner un mauvais sens. Il signifie aussi Prêter à quelqu'un un discours qu'il n'a pas tenu. "Je vous prie de ne pas me faire ."
Fam., "Voilà ce qui s'appelle , Voilà qui est ," ou encore "C'est ," cela, se dit Lorsque quelqu'un fait des propositions plus avantageuses qu'on ne s'y attendait. On emploie aussi ces locutions pour louer quelqu'un qui a dit, sur une question longtemps agitée, des choses claires, lumineuses, péremptoires.
"Parler en maître," Parler comme un homme dont le sentiment fait autorité. Il signifie aussi simplement Parler d'un ton d'autorité, soit qu'on en ait le droit, soit qu'on ne l'ait pas.
PARLER signifie également Intervenir, prendre la parole pour ou contre quelqu'un ou quelque chose. "Parler pour quelqu'un, en faveur de quelqu'un," Intercéder pour lui auprès d'un autre.
"Cet avocat, cet avoué parle pour un tel," Il plaide pour lui. On dit aussi "Ce député a parlé contre le projet de loi."
PARLER signifie encore Prononcer un discours, prendre la parole en public. "L'art de parler. Parler à son tour. Quand ce fut à lui de ... Parler sans préparation, sans être préparé."
PARLER s'emploie figurément et signifie Manifester ses sentiments, ses pensées par un autre moyen que celui de la parole. "Les muets parlent par signes. Il me parlait des yeux et du geste. Ils se parlent des yeux. Chaque mouvement de cet habile pantomime parlait aux yeux des spectateurs."
"Dieu parle au coeur des pécheurs," Il leur envoie de saintes inspirations, il leur donne de bons mouvements.
Il se dit aussi, figurément, des Choses qui ont ou qui semblent avoir une sorte de langage. "La peinture parle aux yeux. Les cieux et toute la nature parlent de la puissance du Créateur. Ses yeux parlent. Son visage parle. En votre absence, tout ici nous parlait de vous. La nature, le sang a parlé, quand il a revu son fils malheureux".
"Les murailles parlent", Il se trouve souvent des témoins des choses même les plus cachées.
"Cela parle tout seul, parle de soi," Cela se comprend sans qu'il soit besoin d'explication. On dit dans le même sens : "La chose parle d'elle- même."
"Son mérite, ses services parlent, parlent pour lui, parlent en sa faveur," Son mérite, ses services le rendent recommandable, rendent ses prétentions légitimes.
"Tout parle pour lui," Le bon droit, l'équité et la raison sont de son côté. On dit, par opposition, "Il n'a rien qui parle pour lui, rien ne parle en sa faveur, tout parle contre lui."
"La vérité, la raison, l'équité parle par sa voix, par sa bouche," Ce qu'il dit est rempli de vérité, de raison, d'équité.
"Faire la poudre," S'en remettre au sort des armes, se battre.
PARLER signifie encore Expliquer sa pensée par écrit. "Aristote a très bien parlé de cette matière dans tel livre. Il ne me parle point de cela dans sa lettre."
Il se dit quelquefois des Écrits, dans un sens analogue au précédent. "La loi est formelle là- dessus et parle très clairement. Le contrat ne parle point de cette clause. Sa lettre me parle de vous."
PARLER s'emploie aussi transitivement et signifie Se servir d'un langage. "Parler une langue. Parler français, italien, allemand, etc. Parler latin. Parler la langue française, la langue italienne, etc. Il parle un bon français, un bon espagnol. Il parle bien sa langue. La langue française se parle, est parlée dans tous les pays du monde. Il parle plusieurs langues. Le langage que parlaient nos pères. Ce poète dramatique, ce romancier fait à chacun son langage."
"Langue parlée" se dit par opposition à "Langue écrite."
Fig., "Parler français", S'exprimer clairement, intelligiblement. On dit dans le même sens, mais populairement, "Parler chrétien."
Fig. et fam., "Parler français," Expliquer nettement son intention sur une affaire. "Parlez-" "nous français. On a bien de la peine à vous faire français."
Fig., "Parler français à quelqu'un," Lui signifier nettement ce qu'on a décidé ou ce qu'on attend de lui.
Fig. et fam., "Parler hébreu," S'exprimer d'une manière inintelligible.
PARLER se dit encore transitivement par rapport à la manière de prononcer une langue. "Parler gascon, normand", Parler français avec un accent gascon, avec un accent normand. "Parler patois, argot."
PARLER s'emploie aussi transitivement pour signifier S'entretenir de quelque chose, en raisonner, en discourir, et dans ce cas on ne met jamais l'article devant le nom. "Parler géométrie, musique, peinture, politique, etc. Parler affaires. Parler chicane," S'exprimer en termes de chicane, de procès.
"Parler raison", Parler sagement, raisonnablement. "Il faut de bonne heure raison aux enfants". Il signifie aussi quelquefois Se mettre à la raison. "Voilà raison".
SANS PARLER DE, Indépendamment de. "Sans de certains avantages accessoires, ce poste est très convenablement rémunéré."
GÉNÉRALEMENT PARLANT, À prendre la chose en général. "Cela est vrai, généralement parlant". On dit aussi "Absolument parlant, sérieusement parlant, humainement parlant, etc."



2ème signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Manière d'articuler les mots, d'exprimer sa pensée. "Il a un doux et gracieux. Il a un rude et choquant. Il a un incorrect. Il faudra corriger votre parler. Il a le bref, lent, lourd."
Fam., "Avoir son franc ," S'être mis sur le pied de dire tout ce qu'on pense.
PARLER se dit aussi des Façons de propres à telle classe d'individus, à telle région, à telle province. "Le des écoliers. Le normand. Le gascon."



1ère définition d'Emile Littré

Verbe 



 1   Articuler des mots, prononcer des paroles. Ce malade est à l'extrémité, il ne parle plus. Parler du nez.
LA FONT.: « Il veut , l'écorce a sa langue pressée »
LA FONT.: « Les jardins parlent peu si ce n'est dans mon livre »
MOL.: « Qu'importe comme ils parlent, pourvu qu'ils me disent ce que je veux savoir ? »
LA BRUY.: « Il [la Fontaine] fait les animaux, les arbres, les pierres, tout ce qui ne parle point »
LA MOTTE: « Du langage c'est abuser Que de pour ne rien dire »
D'OLIVET: « Les femmes ordinairement parlent mieux que les hommes ; si l'on en croit Cicéron, cela vient de ce qu'étant moins répandues, elles conservent plus fidèlement l'accent d'une bonne éducation, et risquent moins de le corrompre par un accent étranger »
BUFF.: « On remarque que ceux [enfants] qui commencent à fort tard, ne parlent jamais aussi aisément que les autres ; ceux qui parlent de bonne heure sont en état d'apprendre à lire avant trois ans »
D'ALEMB.: « Le plus grand effort d'esprit est peut-être celui que nous faisons en apprenant à »
V. HUGO: « Son regard ne voit qu'à peine, Et sa voix [d'un enfant] ne parle pas »
    Parler du haut de la tête, d'un ton de voix très aigu.
    On a dit du crâne et à la petite octave, dans le même sens.
GRIMM: « Elle ne parle pas du crâne et à la petite octave »
    Parler haut, bas, à haute voix, à voix basse.
MOL.: « Parle bas ; tu viens m'ébranler tout le cerveau, et tu ne songes pas qu'il ne faut point si haut à des malades »
    Fig. Parler haut, sans ménagement, avec insolence. Il parle bien haut, mais on le fera baisser de ton.
    Parler ferme, avec fermeté, roideur.
MOL.: « Vous me parlez bien ferme, et cette suffisance.... »
    Parler à l'oreille de quelqu'un, mettre sa bouche près de l'oreille de quelqu'un et lui bas.
    Fig.
BOSSUET: « La doctrine ancienne, qui, selon l'oracle de l'Évangile, doit être prêchée jusque sur les toits, pouvait à peine à l'oreille »
    Fig. et familièrement. Parler la bouche ouverte, s'exprimer franchement.
Mme DU DEFFANT: « Je vous y ai la bouche ouverte »
COMTE DE CAYLUS: « Dame, je parle, moi, comme saint Paul, la bouche ouverte »
    Familièrement. Parlez donc, sorte d'interpellation qu'on emploie pour demander compte de quelque chose à quelqu'un. Parlez donc, n'avez-vous pas vu le livre que je cherche ?
    Fig. Il sait ce que veut dire, c'est-à-dire il entend à demi-mot, il comprend les intentions, les explications, les menaces, etc. il ne se fait pas dire deux fois la même chose.

 2   Il se dit des oiseaux qui imitent la voix humaine. Ce perroquet parle très bien.
BONNET: « Le vulgaire croit qu'on enseigne aux bêtes à : il ne sait pas que c'est lier les idées à des signes arbitraires qui les représentent »
    Parler comme un perroquet, sans savoir ce qu'on dit, et aussi d'après autrui.

 3   S'exprimer.
MOL.: « Il condamne toutes nos expressions élevées, et prétend que nous parlions toujours terre à terre ! »
LA BRUY.: « Vous me trouvez bon visage et vous désirez de m'en féliciter ; dites je vous trouve bon visage : mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair, et d'ailleurs qui ne pourrait pas en dire autant ? qu'importe, Acis, est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle, et de comme tout le monde ? »
    Pour ainsi , locution usitée pour adoucir une expression trop forte, trop figurée.
BOSSUET: « Par les soins d'un si grand roi [Louis XIV], la France entière n'est plus, pour ainsi , qu'une seule forteresse qui montre de tous côtés un front redoutable »
    Pour avec, expression employée quand on cite quelque écrivain considérable, quelque autorité. Pour avec Montaigne.

 4   Discourir, s'énoncer par le discours, causer. Parler en public. Parler sur des matières difficiles.
SCARR.: « Quand une personne qui parle beaucoup se rencontre tête à tête avec une autre qui ne parle guère, et qui ne lui répond pas, elle en parle davantage »
LA FONT.: « Il est bon de , et meilleur de se taire ; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés »
LA FONT.: « D'un langage nouveau J'ai fait le loup, et répondre l'agneau »
MOL.: « Il brûle de , bien plus que nous d'entendre »
PASCAL: « Il y en a qui parlent bien et qui n'écrivent pas bien ; c'est que le lieu, l'assistance les échauffent, et tirent de leur esprit plus qu'ils n'y trouvent sans cette chaleur »
BOSSUET: « La noblesse de ses expressions [de Louis XIV] vient de celle de ses sentiments.... pendant qu'il parle avec tant de force, une douceur surprenante lui ouvre les coeurs »
LA BRUY.: « Il y a des gens qui parlent un moment avant que d'avoir pensé »
LA BRUY.: « Avec les gens qui par finesse écoutent tout et parlent peu, parlez encore moins ; ou, si vous parlez beaucoup, dites peu de chose »
LA BRUY.: « Il pense et il parle tout à la fois ; mais la chose dont il parle est rarement celle à laquelle il pense ; aussi ne parle-t-il guère conséquemment et avec suite »
FÉN.: « Elle a trouvé moyen de longtemps sans rien dire, et elle vous a engagé à lui expliquer tout ce qu'elle désire savoir »
FONTEN.: « Il avait de plus une grande facilité naturelle de , à laquelle il joignait le rare mérite de n'en abuser jamais »
J. J. ROUSS.: « Généralement, les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu »
D'ALEMB.: « Parler beaucoup et bien, disait-il, est d'un bel esprit ; peu et bien, d'un sage ; beaucoup et mal, d'un fat ; peu et mal, d'un sot »
CONDIL.: « Penser devient un art, et cet art est l'art de »
    Il n'y a que pour lui à , se dit d'une personne qui, dans une conversation, garde constamment la parole.
SÉV.: « Nous allâmes chez la reine ; j'étais avec Mme de Chaulnes ; il n'y eut que pour moi à »
    Vous qui parlez, se dit à quelqu'un pour lui faire quelque avertissement, quelque reproche.
VOLT.: « Non, ce n'est pas moi qui ne réponds point aux articles des lettres, c'est vous, vous qui parlez »
J. J. ROUSS.: « Mais vous qui parlez, il s'en faut bien que vous soyez disculpée auprès de moi pour ce chapitre »
    Par menace. Je lui apprendrai à , je saurai le forcer de avec plus de retenue.
    Parler en public, tenir un discours devant une assistance nombreuse.
J. J. ROUSS.: « Voilà la seule fois de ma vie que j'aie parlé en public et devant un souverain, et la seule fois aussi peut-être que j'aie parlé hardiment et bien »
    Parler comme un livre, voy. LIVRE 1, n° 4.
    Parler pour , sans avoir rien à dire.
    Parler légèrement, sans être suffisamment informé, et aussi sans mesurer suffisamment ses paroles.
    Parler au hasard, sans réflexion, de ce qu'on ne sait pas bien.
    Parler avec passion, dire des choses que la passion suggère.
    Parler en maître, en qualité de maître ou comme ferait un maître.
MOL.: « C'est à vous d'en sortir, vous qui parlez en maître ; La maison m'appartient, je le ferai connaître »
RAC.: « Élie aux éléments parlant en souverain »
RAC.: « Ils [ces murs].... ne s'attendaient pas, lorsqu'ils nous virent naître, Qu'un jour Domitius me dût en maître »
    Parler d'or, voy. OR 2.
    Parler d'abondance, sans être préparé, ou du moins sans réciter de mémoire.
    Parler d'abondance de coeur, avec épanchement, avec une pleine confiance.
    Parler le coeur dans la main, à coeur ouvert, sincèrement, avec une entière franchise.
    Parler sur-le-champ, s'est dit autrefois pour improviser.
MOL.: « Vous n'allez entendre chanter que de la prose cadencée ou des manières de vers libres, tels que la passion et la nécessité peuvent faire trouver à deux personnes qui disent les choses d'eux-mêmes et parlent sur-le-champ Parler bien, avec élégance et pureté. »
LA BRUY.: « C'est une grande misère que de n'avoir pas assez d'esprit pour bien , ni assez de jugement pour se taire »
    Parler mal, sans élégance, ni correction.
    On dit dans le même sens : ne savoir pas .
    Parler juste, raisonner et s'exprimer avec justesse.
    Parler en l'air, sans attacher d'importance à ce que l'on dit, ou sans bons renseignements.
BOSSUET: « Jésus-Christ ne parle pas en l'air, à Dieu ne plaise : il adresse manifestement sa parole à ceux qui enseignent et qui administrent les sacrements »
    Parler à bâtons rompus, sans ordre et sans suite.
    Parler à tort et à travers, sans discernement.
MOL.: « C'est un homme.... qui parle à tort et à travers de toutes choses »

 5   Parler que, au sens de dire, avec un verbe suivant subordonné.
MOL.: « Vous avez ouï que ce monsieur Oronte a une fille ? »
SÉV.: « Il [le prince d'Orange] fut surpris, comme s'il n'avait pas ouï qu'il y eût une armée en Flandre »
SÉV.: « Vous me parlez dans votre lettre, ma bonne, qu'il faudra songer aux moyens de vous envoyer votre fille »
    Parler de, avec le verbe à l'infinitif, dire, annoncer vaguement que.... Il parle de se marier.
MOL.: « Oui, oui, j'ai su que ce traître d'amant Parle de m'obtenir par un enlèvement »

 6   Parler à, adresser la parole à.
CORN.: « Il est ce que tu dis, s'il embrasse leur foi ; Mais il est mon époux, et tu parles à moi »
MOL.: « Je dis que voilà un homme qui veut à vous »
LA BRUY.: « Qui sait aux rois, c'est peut-être où se termine toute la prudence et toute la souplesse du courtisan »
J. J. ROUSS.: « Enseignez premièrement aux enfants à aux hommes ; ils sauront bien aux femmes quand il faudra »
GENLIS: « Apprenez à ne point oublier à qui vous parlez, et qui vous êtes »
    Il vaudrait autant à un sourd, se dit de quelqu'un que l'on désespère de persuader.
LA FONT.: « Ne pas louer son siècle est à des sourds »
    Fig. Parler à un mur, aux rochers, à des gens que rien ne touche.
    Parler à cheval à quelqu'un, lui avec emportement, avec empire.
    Je n'ai trouvé personne à qui dans cette maison, tout le monde était sorti, je n'y ai rencontré personne.
DANCOURT: « Ah ! ah ! voici une drôle de maison ; on ne trouve personne à qui »
    Je n'ai pu trouver à qui dans cette société, dans ce salon, je n'y ai rencontré personne de connaissance.
    Fig. Trouver à qui , rencontrer une personne qui nous comprenne, qui nous convienne.
BUSSY-RABUTIN: « Quand on pense aussi agréablement que vous, il est doux d'avoir quelqu'un à qui , qui vous entende »
    Ironiquement. Trouver à qui , trouver des gens qui vous tiennent tête.
MOL.: « Parbleu ! il trouva à qui »
    Moi qui vous parle, se dit pour appeler l'attention.
SÉV.: « C'est tout ce que je puis faire, moi qui vous parle »
    Fig. Parler à son bonnet, se à soi-même, sans adresser la parole à personne.
MOL.: « Harpagon : Je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela. - La Flèche : Je parle.... je parle à mon bonnet »
    Fig. J'ai bien parlé à sa barrette, je l'ai réprimandé vertement.
MOL.: « Et moi, je pourrais bien à ta barrette »
    Fig. Parler des grosses dents à quelqu'un, le réprimander, lui avec menace.
    Parler à, avec un nom de chose pour régime, de manière à exercer une action sur cette chose.
VOLT.: « Tâchons de à la fois aux yeux, aux oreilles et à l'âme ; on critiquera, mais ce sera en pleurant »
LAFOSSE: « Parlons à l'intérêt, semons, prodiguons l'or »
J. J. ROUSS.: « La sainteté de l'Évangile parle à mon coeur »
    Parler au coeur, à l'imagination, aux passions, de manière à intéresser le coeur, à plaire à l'imagination, à exciter les passions.
DELILLE: « C'est peu de charmer l'oeil, il faut au coeur »
    Fig. Dieu parle au coeur des pécheurs, c'est-à-dire il leur envoie de saintes inspirations, il leur donne de bons mouvements.
    Fig. Cet adagio parle au coeur. Ce tableau ne parle qu'aux yeux.

 7   Parler de, prononcer des paroles relatives à.
CORN.: « Que parlez-vous, seigneur, de tête et de tyran ? »
MOL.: « Est-ce que vous croyez que je veux de vous ? »
SÉV.: « On parle fort du mariage de Bavière »
BOSSUET: « Il serait superflu de au long de la glorieuse naissance de cette princesse »
BOILEAU: « Boileau.... Qui mit à tout blâmer son étude et sa gloire, A pourtant de ce roi parlé comme l'histoire »
RAC.: « Que parlez-vous de Rome et de son alliance ? Pourquoi tout ce discours et cette défiance ? »
LA BRUY.: « Ils parlent de guerre à un homme de robe, et de politique à un financier »
LA BRUY.: « Un homme vain trouve son compte à dire du bien ou du mal de soi ; un homme modeste ne parle point de soi »
VOLT.: « Ce concile, ce jugement et surtout le président du concile indignèrent toute la France ; et au bout de deux jours on n'en parla plus »
GENLIS: « Elle répondit avec douceur et avec cette brièveté qui est de si bon goût, lorsqu'on est forcé de de soi »
    Parler de la pluie et du beau temps, s'entretenir de choses indifférentes.
    Il en parle bien à son aise, se dit quand quelqu'un, à l'abri des inconvénients de la chose dont on parle, conseille ou excite.
MOL.: « Vous en parlez fort à votre aise ; et le métier de plaisant n'est pas comme celui d'astrologue »
    Il en parle comme un aveugle des couleurs, c'est-à-dire il se mêle de de choses dont il n'a aucune connaissance.
    Il en parle en maître, c'est-à-dire il parle sur une matière qu'il possède à fond ; il en parle en écolier, il n'a qu'une connaissance superficielle de ce dont il parle.
    Familièrement. Ce que j'en dis n'est pas que j'en parle, c'est-à-dire ne faites pas attention à mes paroles, je parle en l'air.
DANCOURT: « Ce que j'en dis n'est pas que j'en parle »
    Cela ne vaut pas la peine d'en , se dit des choses peu importantes.
    Ironiquement, cela ne vaut pas la peine d'en , se dit aussi pour relever l'importance de la chose dont on parle. Il lui a volé cent mille francs, cela ne vaut pas la peine d'en , qu'on en parle, ce n'est pas la peine d'en .
MOL.: « Monsieur mon frère aîné, car, Dieu merci, vous l'êtes D'une vingtaine d'ans, à ne rien vous céler, Et cela ne vaut pas la peine d'en »
    Ne m'en parlez pas, ne me parlez pas de cette affaire, c'est-à-dire ne me mettez pas sur ce chapitre.
    Ne me parlez pas d'un tel, ne dites pas qu'on puisse compter sur lui.
C. DELAV.: « Protégés, protecteurs, au dessert ne font qu'un : Mais ne me parlez pas d'un protecteur à jeun »
    Dans un sens affirmatif et laudatif.
MOL.: « Il y a plaisir, ne m'en parlez point, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses d'un art »
    Parlez-moi de.... se dit pour vanter.
LESAGE: « Parlez-moi de ces oncles et de ces pères-là, plutôt que de ceux qui dévorent leur patrimoine pour prévenir leurs héritiers »
BEAUMARCH.: « Peste ! comme l'utilité vous a bientôt rapproché les distances ! parlez-moi des gens passionnés ! »

 8   Se , se dit de personnes qui ont des entretiens ensemble.
MOL.: « Il est vrai qu'elle et moi nous nous sommes parlé des yeux »
RAC.: « Cependant voulez-vous qu'avec moins de contrainte L'un et l'autre une fois nous nous parlions sans feinte ? »
RAC.: « Les a-t-on vus souvent se , se chercher ? »
    Se , s'adresser la parole à soi-même.
MOL.: « Je me parle à moi-même »

 9   Terme de palais. Plaider. Cet avocat parle pour un tel.

 10   Parler bien, mal d'une personne, en dire du bien, du mal.
MAINTENON: « Souvenez-vous de ne jamais ni en bien ni en mal de votre femme ; c'est le plus sot des personnages »
SAINT-SIMON: « Je répondis que j'avais grand soin de ne mal de personne ; que, pour Sa Majesté, j'aimerais mieux être mort »
SAINT-FOIX: « Nos ancêtres chassaient des assemblées et des tournois ceux qui étaient accusés d'avoir mal parlé des femmes »

 11   Parler pour quelqu'un, intercéder pour lui auprès d'un autre.
RAC.: « Vous parlez mieux pour lui qu'il ne parle lui-même »
    Fig.
CORN.: « La nature ou l'amour parle pour chacun d'eux »
CORN.: « Deux sceptres en ma main, Albe à Rome asservie, Parlent bien hautement en faveur de sa vie »
RAC.: « Il ne sait pas l'amour qui vous parle pour lui »
HAMILT.: « Tous les avantages du corps parlaient pour lui »
VOLT.: « Quel nouvel intérêt vous parle en sa faveur ? »
    Tout parle pour lui, c'est-à-dire toutes les circonstances sont en sa faveur.
SÉV.: « Tout parle pour lui »
    Son mérite, ses services parlent pour lui, parlent en sa faveur, son mérite, ses services le rendent recommandable, rendent ses prétentions légitimes.
    Parler contre, de manière à nuire.
LA BRUY.: « Une parole échappe, et elle tombe de l'oreille du prince bien avant dans sa mémoire.... si ce n'est que contre nous-mêmes que nous ayons parlé.... il y a encore un prompt remède qui est de nous instruire par notre faute, et de souffrir la peine de notre légèreté ; mais si c'est contre quelque autre, quel abattement ! quel repentir ! »
LA BRUY.: « Il échappe à un troisième [ami] de contre mes intérêts Fig. »
BOILEAU: « Ce long amas d'aïeux que vous diffamez tous, Sont autant de témoins qui parlent contre vous »
    Il n'a rien qui parle pour lui, rien ne parle en sa faveur ; tout parle contre lui, c'est-à-dire il n'est recommandable, ou simplement agréable, par aucun côté.
    En matière d'affaires et de procès, cette pièce parle contre lui, elle est contraire à ses prétentions.

 12   Expliquer ses sentiments, ses opinions, ses volontés. Expliquez-vous mieux, ce n'est pas là . Le roi a parlé par la bouche de son ministre.
CORN.: « Quand vous lui ez, parlez au nom de tous »
CORN.: « Ou laissez-moi , sire, ou faites-moi taire ; Je ne sais point répondre autrement pour un roi »
MOL.: « Ne paraissez point si savant, de grâce ; humanisez votre discours, et parlez pour être entendu »
BOSSUET: « En est-on quitte pour dire toujours : on ne nous entend pas, sans jamais vouloir nettement ? »
RAC.: « Avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix »
RAC.: « ...Enfin je puis en liberté ; Je puis dans tout son jour mettre la vérité »
RAC.: « Dieu parle, et d'un mortel vous craignez le courroux »
VOLT.: « Parlez, quel est le sang que nous devons verser ? »
VOLT.: « C'est assez si ma voix Parle encore au conseil et règle vos exploits »
    N'avoir qu'à , se dit quand, pour qu'une chose se fasse, il n'est besoin que d'une parole.
RAC.: « Titus m'aime ; il peut tout ; il n'a plus qu'à , Il verra le sénat m'apporter ses hommages »
    Il sait aller et , se dit d'un homme habile qu'on envoie négocier quelque chose.

 13   Faire connaître quelque chose qui devait être tu. Il faut que quelqu'un ait parlé.
CORN.: « Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé »
LA FONT.: « Gardez bien de le dire ; On m'appellerait poule ; enfin n'en parlez pas »

 14   Recommander, appuyer.
LA BRUY.: « Il est difficile à la cour que de toutes les pièces qu'on emploie à l'édifice de sa fortune, il n'y en ait quelqu'une qui porte à faux : l'un de mes amis qui a promis de ne parle point ; l'autre parle mollement »

 15   Parler se dit quelquefois pour faire des propositions, et, particulièrement, des propositions d'argent.
LA FONT.: « Le compagnon ne put rien tirer d'elle Qu'il ne parlât »
MOL.: « Perrin : Monsieu, ma mère est malade ; et vlà deux écus que je vous apportons pour nous bailler quelque remède. - Sganarelle : Ah ! je vous entends, vous ; voilà un garçon qui parle clairement, et qui s'explique comme il faut »
    Voilà ce qui s'appelle , ou, simplement, voilà , ou encore, c'est cela, se dit lorsqu'une personne fait des propositions avantageuses, ou tranche un débat par des raisons claires.
GRESSET: « Voilà mon dernier mot. - Voilà cela ! »

 16   Parler se dit des bruits qui courent dans le monde.
LA FONT.: « Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement : Les gens en ont, n'en doutez nullement »
    On parle, on en parle, se dit de bruits défavorables qui courent sur quelqu'un ou quelque chose.
MOL.: « Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien, Mais enfin on en parle, et cela n'est pas bien »
    En un autre sens, on en parle, se dit d'hommes ou de choses dont la réputation dure.
RAC.: « De Troie en ce pays réveillons les misères, Et qu'on parle de nous ainsi que de nos pères ! »
LA BRUY.: « Combien d'hommes admirables et qui avaient de très beaux génies sont morts sans qu'on en ait parlé ! »
D'ALEMB.: « Charles IX, auteur de quelques vers, dont on n'aurait peut-être jamais parlé s'ils n'eussent été d'un souverain »
BÉRANG.: « On a de sa gloire Sous le chaume bien longtemps »
    Il faut laisser le monde, ou, simplement, il faut laisser , c'est-à-dire il ne faut pas se mettre en peine de ce que le monde dit mal à propos.
    On en parle fort, c'est une chose qui fait le sujet de l'entretien public.
    On en parle diversement, se dit d'une action, d'un événement qui est raconté de différentes manières, ou d'une chose que les uns louent et que les autres blâment.
    C'est une femme, une fille dont on a parlé, c'est une femme, une fille dont la réputation n'est pas intacte.
    On en entendra , cela fera du bruit, de l'éclat dans le monde.

 17   Fig. Manifester ses sentiments par un autre moyen que par celui de la parole. Les muets parlent par signes.
MALH.: « Vois-je pas vos bontés à mon aide paraître, Et dans vos yeux un signe qui me dit, Que c'est assez payer que de bien reconnaître ? »
RAC.: « Tu lui parles du coeur, tu la cherches des yeux »
RAC.: « Votre trouble à Mathan n'a-t-il point trop parlé ? »
VOLT.: « Astarté est femme ; elle laisse ses regards avec d'autant plus d'imprudence qu'elle ne se croit pas encore coupable »
VOLT.: « Vous voyez quel effroi me trouble et me confond ; Il parle dans mes yeux, il est peint sur mon front »
CONDIL.: « Après avoir entendu, avec quelque peine, un langage qui parle plus aux oreilles qu'aux yeux, nous en sentirons mieux les avantages d'un langage qui parle plus aux yeux qu'aux oreilles »

 18   Fig. Il se dit des choses inanimées qui ont ou qui semblent avoir une sorte de langage. La peinture parle aux yeux. Son visage parle.
CORN.: « Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire »
LA FONT.: « Car tout parle dans l'univers ; Il n'est rien qui n'ait son langage »
PASC.: « Toutes choses parlent de Dieu à ceux qui le connaissent »
SÉV.: « Vous me dites que je suis en peine de votre maigreur : je vous l'avoue ; c'est qu'elle parle et dit votre mauvaise santé »
SÉV.: « Vous dites quelquefois que votre estomac vous parle ; vous voyez que votre tête vous parle aussi : on ne peut pas vous dire plus nettement que vous la cassez, que vous la mettez en pièces.... »
BOSSUET: « Le coeur d'une grande reine, autrefois élevée par une si longue suite de prospérités, et puis plongée tout à coup dans un abîme d'amertume, a assez haut »
QUIN.: « Hélas ! jusqu'au silence même Tout me parle de ce que j'aime »
RAC.: « Venez, fuyez l'aspect de ce climat sauvage Qui ne parle à vos yeux que d'un triste esclavage »
FÉN.: « Leurs postures suppliantes parlaient pour eux »
ST-LAMB.: « Ces deux grands yeux qui ne savent que voir, Auront d'abord une beauté nouvelle : Ils regardaient, Philis : ils ont »
    Les murailles parlent, c'est-à-dire il se trouve souvent des témoins des choses même les plus cachées.
    Il se dit de même des choses morales.
CORN.: « On n'aime point à voir ceux à qui l'on doit tant ; Tout ce qu'il a fait parle au moment qu'il m'approche ; Et sa seule présence est un secret reproche »
CORN.: « De vos hauts faits pour vous laissez l'éclat »
MOL.: « Laissons, laissons mon chagrin et le vôtre »
RAC.: « Et, quand la gloire parle, il n'écoute plus rien »
RAC.: « L'honneur parle, il suffit ; ce sont là nos oracles »
RAC.: « Est-ce donc votre coeur qui vient de nous ? »
FÉN.: « C'est la nature qui parle, qui se fait sentir »
MASS.: « Elle laisse son coeur, elle s'abandonne à toute sa tendresse »
REGNARD: « Quand l'amour veut , la raison doit se taire »
MARIVAUX: « Quand l'amour parle, il est le maître, et il a »
VOLT.: « Et tu n'y peux rester sans renier ton père, Ton honneur qui te parle et ton Dieu qui t'éclaire »
VOLT.: « L'humanité vous parle ainsi que votre père »
D'ALEMB.: « La mort de l'un et de l'autre a fait taire l'amitié et la haine, et ne laisse plus que la justice »
M. J. CHÉN.: « Un repentir tardif vous parle et vous éclaire »
    Cela parle de soi, cela parle tout seul, ou, la chose parle d'elle-même, c'est-à-dire cela se comprend sans qu'il soit besoin de l'expliquer.
MOL.: « Allez, indigne époux, le fait parle de soi »
SÉV.: « Cela parle tout seul : voici la suite »
BOSSUET: « Si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé, les choses ont assez d'elles-mêmes »
BEAUMARCH.: « Rosine : C'est par pure amitié tout ce que je fais. - Figaro : Cela parle de soi ; tudieu ! l'amour a bien une autre allure »
    La vérité parle par sa bouche, ce qu'il dit est rempli de vérité.
VOLT.: « L'indulgente vertu parle par votre bouche »

 19   Expliquer sa pensée par écrit. Les auteurs qui ont parlé de ce sujet.
FLÉCH.: « De quoi vous parle-t-il dans sa lettre ? Comme parle l'apôtre »
    Parler dans un contrat, au contrat, déclarer sa volonté dans un contrat, intervenir au contrat, s'obliger par le contrat.

 20   Il se dit de ce qui est exprimé dans un écrit. La loi est formelle là-dessus et parle très clairement.
ROTR.: « L'ordonnance avec soi porte sa fin expresse ; C'est à nous qu'elle parle, à nous qu'elle s'adresse »
BOURDAL.: « Vous diriez, à entendre l'Écriture, que Jésus-Christ.... »

 21   On dit que les tuyaux d'un orgue parlent bien, pour exprimer que le son est juste, clair et net.
    On le dit aussi de quelques autres instruments.
LA BRUY.: « Vous avez Dracon le joueur de flûte.... c'est une chose infinie que le nombre des instruments qu'il fait »
    Voilà une note qui ne parle pas, se dit d'une touche de piano qui est muette.

 22   Terme de vénerie. Aboyer. Le limier ne parle pas.
    Parler aux chiens, allonger les mots, et, pour ainsi dire, les chanter, afin d'exciter les chiens à la chasse. Terme de jeux. Dire ce que l'on veut faire sur le coup qui se joue, ou, au piquet, dire ce qu'on veut compter. C'est à vous à .

 24   Faire quelqu'un, tirer de lui ce qu'il sait.
FÉN.: « Ils tâchaient de me faire »
    Fig.
LA BRUY.: « Il [un auteur né copiste] doit éviter comme un écueil de vouloir imiter ceux.... que le coeur fait , à qui il inspire les termes et les figures »
    Par forme de menace. Ne me faites pas , craignez que je ne dise des choses qui ne seraient pas à votre avantage.
    Faire , mettre un langage dans la bouche de.
BOILEAU: « Ne faites point vos acteurs au hasard, Un vieillard en jeune homme, un jeune homme en vieillard »
BOILEAU: « Cet autre, abject en son langage, Fait les bergers comme on parle au village »
    Fig. Faire quelqu'un, lui prêter des paroles, des discours.
RAC.: « Pourquoi faut-il au moins que, pour me consoler, L'ingrat ne parle pas comme on le fait ? »
DIDEROT: « Non, ce n'est pas lui qui parle ainsi ; c'est ainsi qu'on le fait »
    On m'a fait , on m'a prêté des discours que je n'ai pas tenus.
    Fig. Faire , se dit des choses inanimées auxquelles on prête un langage.
ROTR.: « Savoir faire et son front et ses yeux »
RAC.: « Elle aura devant lui fait ses douleurs »
RAC.: « Je devrais faire ici la vérité »
VOLT.: « Quoique Thomas Corneille eût pris son frère pour modèle, on voit que, malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de chercher à suivre Racine quand il s'agissait de faire les passions »
    Faire à quelqu'un, procurer un entretien avec quelqu'un.
SÉV.: « Je lui conseille comme la vieille femme, de prier Sa Majesté de la faire à M. Colbert »
    Faire , être cause de bruits qui se répandent.
BOILEAU: « Assez de sots sans moi feront la ville »
    Faire de soi, se faire une réputation bonne ou mauvaise.
GUI PATIN: « Et comme elle recommençait à faire d'elle.... »
MOL.: « Et, de la maison de la Prudoterie, il y a plus de trois cents ans qu'on n'a pas remarqué qu'il y ait eu une femme, Dieu merci, qui ait fait d'elle »
    Cet homme n'a point fait de lui, il n'a rien fait qui lui ait donné de la réputation.
    Cette femme n'a jamais fait d'elle, elle a toujours eu une conduite régulière, elle n'a jamais donné prise à la médisance.

 25   V. a. Dire, prononcer.
MOL.: « Je vous demande, ce que je parle avec vous, ce que je vous dis à cette heure, qu'est-ce que c'est ? »
PASC.: « Si un animal.... parlait par esprit ce qu'il parle par instinct, pour la chasse et pour avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue »
    Prononcer comme on parle.
LA BRUY.: « Je rirais d'un homme qui voudrait sérieusement mon ton de voix, ou me ressembler de visage »
VOLT.: « À l'égard des acteurs, j'oserais presque dire que la pièce [les Guèbres] n'en a pas besoin ; c'est une tragédie qu'il faut plutôt que déclamer »

 26   S'exprimer en une langue. Il parle français et italien. Il parle l'allemand. Il parle plusieurs langues.
BOSSUET: « Je me plais à répéter ces paroles [de dévotion, chez la princesse Anne].... et je voudrais ne plus que ce langage »
CHATEAUBR.: « L'évêque de Meaux a créé une langue que lui seul a parlée »
    Fig. Parler un langage, s'exprimer d'une certaine façon.
CORN.: « Je sais qu'un empereur doit ce langage »
PASC.: « On l'entend, mes pères, ce langage de votre école ; et c'est une chose étonnante que vous ayez le front de le si haut »
BOILEAU: « Chaque passion parle un différent langage »
FÉN.: « Il vous est utile qu'un homme sans intérêt et sans conséquence vous parle en secret un langage dur »
J. J. ROUSS.: « J'ai compris.... comment sa plume devait mieux que sa langue le langage des passions »
    Parler français, voy. FRANÇAIS, n° 3.
    Parler chrétien, clairement, sans ambiguïté.
MOL.: « Par ma foi.... il faut chrétien, si vous voulez que je vous entende »
    Fig. Parler grec, bas-breton, haut-allemand, s'exprimer d'une façon inintelligible.
    Parler gascon, normand, français avec un accent gascon, normand.
    Familièrement. Parler phébus, s'exprimer avec emphase, en termes ampoulés.

 27   S'entretenir de. Parler géométrie, musique, peinture. Parler affaires.
RÉGNIER: « Ore [tantôt] ils parlaient soldat, et ore citoyen »
RÉGNIER: « Et sans curé, doyen, chantre ou Sorbonne.... »
MOL.: « Moi, j'irais me charger d'une spirituelle, Qui ne ait rien que cercle et que ruelle »
CONDILL.: « Parler affaires, c'est en faire son unique objet ; au lieu que d'affaires n'exclut pas tout autre objet dont on voudrait par occasion »
VOLT.: « Je ai belles-lettres une autre fois ; je ne parle aujourd'hui que tristesse et tendresse »
DESMAHIS: « À sentiment son mérite consiste »
BÉRANG.: « J'osais vous bataille, Et chanter nos fiers soldats »
    Parler chicane, s'exprimer en termes de procès, de procès.
    Parler raison, raisonnablement, sagement.
    Parler raison, signifie aussi quelquefois se mettre à la raison. Voilà raison.
    
RICHELET: « Parler Voiture, comme Voiture »
MOL.: « Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas, à cause qu'elle manque à Vaugelas »
    Avoir sans cesse à la bouche.
LA BRUY.: « Il faut laisser Aronce proverbe »

 28   Au passif et impersonnellement.
BALZ.: « Vous voulez que j'en écrive dans la même liberté qu'il en fut parlé »
CORN.: « Dans les traités il n'est point parlé d'eux »
    Il en est fort parlé dans le monde, se dit d'une chose qui fait l'objet de l'entretien public.
    Il en sera parlé, cela fera du bruit, de l'éclat dans le monde.
    Il en sera parlé à jamais, la postérité en conservera le souvenir.

 29   Se , v. réfl. Être parlé. La langue française se parle au Canada.
    Impersonnellement. Il se parle de, on parle de.
BOSSUET: « En vérité, est-ce là une question entre les chrétiens [de de Jésus-Christ, homme], et peut-on parmi eux chercher un état où il ne se parle pas de Jésus-Christ ? »
BOSSUET: « Les histories seront abolies avec les empires, et il ne se a plus de tous ces faits éclatants dont elles sont pleines »
BOSSUET: « Il ne se parlait que de liberté dans ces assemblées »

 30   Généralement parlant, loc. adv. à prendre la chose en général.
DESC.: « Toutes les choses, généralement parlant, qui sont comprises dans l'objet de la géométrie spéculative »
    Humainement parlant, en parlant comme un homme.
MONTESQ.: « Il semble, humainement parlant, que ce soit le climat qui a prescrit des bornes à la religion chrétienne »

 31   Sans de, indépendamment de.

PROVERBES
    Il parle latin devant les cordeliers, il parle d'une chose à un homme qui la sait fort bien.
    Quand les ânes ont latin, se dit pour indiquer un temps fort éloigné.
    Il est aisé de , mais il est malaisé de faire.
    Trop gratter cuit, trop nuit.
    De l'abondance du coeur la bouche parle, nous parlons surtout de ce qui nous touche le plus.
    Qui parle du loup le tient par la queue, quand on parle du loup on en voit la queue, se dit quand quelqu'un arrive dans une compagnie où l'on parlait de lui.
    Il y a un temps de et un temps de se taire.

REMARQUE
    1. Parler mal et mal sont deux expressions différentes : mal, c'est manquer aux principes de la grammaire ; mal , c'est dire des paroles offensantes, médire. Mais les écrivains n'ont pas observé scrupuleusement cette distinction. D'ailleurs il faut remarquer qu'aux temps simples mal se met toujours après le verbe : Cet homme parle mal, il s'exprime incorrectement ; il parle mal de vous, il en dit du mal.
    2. Trouver à qui , signifie que nous trouvons des gens qui nous répondent, qui nous rabattent le caquet. Trouver avec qui signifie que l'on trouve des gens avec qui l'on peut s'entretenir.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. IX: Blancandrins a tout premereins parlet
     ib. x: Sa coustume est qu'il parolet à leisir
     ib. XCI: [Il] Ne laissera, ce dist, qu'il n'i parolt
     ib. CCLXXV: Bien sait et dreite raison rendre
    XIIème siècle
     Couci, XXII: Quantje recort la simple courtoisie Et les douz mos dont seult à moi [dont elle a coutume de me ]
     Sax. VII: [Je] N'en oi [entends] nului qui moult de bien n'en die
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Assés i ot parlé d'une chose et d'autre »
VILLEH.: « Et maistres Fouques meïsmes i ala pour des crois [de la croisade] »
VILLEH.: « Emprès se croisa Henris d'Anjo... et pluseur preudomme dont li livres ne parole mie »
     la Rose, 7767: Et s'uns sages d'amors parole à une damoisele fole
BEAUMANOIR: « Aussi est-il grans mestiers c'on paraut sagement à fere se [sa] presentacion »
BEAUMANOIR: « Por ce, s'il oent dur [s'ils ont l'oreille dure], sont il toutes voies de bon entendement quant on parole haut »
    XIVème siècle
ORESME: « Aucun veut latin à l'aventure ou à l'exemple d'un autre, comme un oysel parle ne ne sceit ce qu'il dit »
ORESME: « Il parle en similitude et en figure »
     Hugues Capet, v. 2324: Ainsi nous ferons nous prisier et redouter, Et devant nostre pere porons plus hault
    XVème siècle
FROISS.: « Et quand la dame l'eut ouï une si haute parole »
FROISS.: « Ainsi cheminoient les Anglois, et ne trouvoient à qui »
     Les 15 joies de mariage: Vous savez bien que j'estoye parlée de marier à tel ou à tel.... qui ne demendoyent seullement que mon corps
     Bouciq. II, 11: Et nos gens furent là tous ordonnés pour donner la bataille, mais ne trouverent à qui
E. DESCH.: « Mais je me suy si bien gardée, Dieu mercy, qu'onques resgardée Ne fu pour chose que feïsse ; Et s'eusse bien, se je voulsisse [et j'aurais bien, si j'avais voulu], Trouvé qui eust parlé à moy »
FENIN: « Et alors on parloit peu de guerre au pays de France, fors que chascun savoit bien qu'il n'y avoit ferme amour »
AL. CHART.: « Et s'il s'en tient, le cueur au corps luy ront, Et s'il y va, les gens en ont »
CH. D'ORL.: « C'est fait, il n'en fault plus , Mon cueur s'est de moy desparty, Pour tenir l'amoureux party ; Il m'a voulu abandonner »
CH. D'ORL.: « De ceulx qui sont soubz ma puissance, Parle qui en vouldra, Je n'en feray qu'à ma plaisance »
J. DE TROYES: « Et à ceste cause fut raporté que le dit Oriole parloit mal et usoit de menasses »
LEROUX DE LINCY: « Par trop et estre mu [muet], L'on est souvent pour fol tenu »
LEROUX DE LINCY: « Cil qui d'autruy voudra , regarde soy, il se taira »
COMM.: « Or fault ung peu comment le roy estoit allé en Bourbonnoys.... »
COMM.: « Il faudroit que nous en parlissions »
    XVIème siècle
RAB.: « Il avoyt sept langues, et de toutes sept parloyt divers propos et languaiges divers »
RAB.: « On temps que les bestes parloyent (il n'y ha pas troys jours) »
LANOUE: « Que si quelque heretique veut disputer, qu'il viene en la faculté de theologie, et on a à lui des grosses dents »
CALV.: « Satan parle de son propre quand il parle mensonge »
CALV.: « C'estoit trop arrogamment parlé, de se preferer à tous les autres »
CALV.: « Que pouvoit-il sortir de leurs bouches pollues et pueriles, sinon choses folles et immondes, s'ils eussent parlé leurs paroles mesmes ? »
DESPER.: « Il estoit devenu fort riche, et ne se parloit que de lui autour du pays »
MARG.: « Il n'estoit possible de faire [parlementer] par argent ne par menaces ceux qui gardoient la place »
MONTLUC: « Nous estions si peu, que nous ne pouvions supplir (sic) à tuer tout ; car de prisonniers, il ne s'en parloit point en ce temps-là »
YVER: « Fille qui escoute et chasteau qui parle sont de facile composition »
MONT.: « Livius parlant de l'armée romaine »
MONT.: « Ils ne parlent jamais rien qu'elaboré et premedité »
MONT.: « Il faut françois [sans feinte] »
AMYOT: « Depuis la mort de Craterus, il n'y eut capitaine de qui se parlast tant entre les soudards macedoniens comme de Eumenes »
RONS.: « Il sçavoit for-huer et bien aux chiens, Faisoit bien la brisée, et.... »
RONS.: « Lettre de mon amour veritable interprete, Qui parle sans les passions du coeur »
COTGRAVE: « À peu bien besongner »
ID.: « Il ne parle pas au roy qui veut »
COTGRAVE: « Qui ne parle n'erre »
COTGRAVE: « Qui tient boutique doit à chascun »

ÉTYMOLOGIE
    Bourg. pairôllai, palai ; picard, paroler, bavarder ; Berry, paler, paller ; norm. paroler, avec affectation ; wallon, pârlé, paûrlé ; prov. et esp. parlar ; port. palrar ; ital. parlare ; du bas-latin parabolare, paroler, et, avec chute de l'o, (voy. PAROLE).


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   L'infinitif de pris substantivement.
RÉGNIER: « Comme un homme insensé qui s'emporte au »
MOL.: « Partageons le au moins, ou je m'en vais »
MARG.: « Le peu a toujours été très recommandable »
MARG.: « Le trop est l'une des grandes incommodités qui puissent troubler les douceurs de la société »

 2   Manière de .
LA FONT.: « Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en croupe, Le doux ne nuit de rien »
LA BRUY.: « L'affectation dans le geste, dans le et dans les manières est souvent une suite de l'oisiveté, ou de l'indifférence »
J. J. ROUSS.: « Elle a le maintien moins libre et le plus timide, depuis qu'elle n'entend plus le mot d'amant sans rougir »
DELILLE: « Le doux nous plaît ; et, toujours redouté, L'homme le plus bruyant est le moins écouté »
    Avoir son franc , s'être mis sur le pied de dire ce qu'on pense.
D'ALEMB.: « Puisque les choses sont ainsi, je prétends moi aussi avoir mon franc , et, à l'exception des choses et des personnes auxquelles je dois respect, je dirai mon avis sur le reste »

 3   Patois ou accent particulier de province. Le picard.
DIDEROT: « Les habitants de Langres ont de l'esprit, de l'éducation, de la gaieté, de la vivacité et le traînant »

 4   Terme de palais. Parler sommaire, instruction faite sommairement devant un rapporteur.

PROVERBE Beau n'écorche la langue, ou jamais beau n'écorche la langue, c'est-à-dire Il ne coûte rien de honnêtement, civilement.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Couci, XVIII: Ses ieux, son vis [visage], qui de joie sautele, Son aler, son venir, Son beau et son gent maintenir
    XIIIème siècle
LEROUX DE LINCY: « Biaus ha partout mestier [besoin] ; L'on n'a pas amis par tencier [en grondant] »
     Berte, LXXXVIII: Fisicien [les médecins] me dient que la clarté m'empire [me rend plus malade], Et le aussi
     la Rose, 2558: Icis venirs, icis alers, Icis veilliers, icis s, Font ces amans sous lor drapiaus Durement ameigrir lor piaus
    XIVème siècle
ORESME: « Si comme ceux qui en lour dient par inavertance aucune chose dont il ne se prenoient garde »
     Guesclin. 20903: Car bel souvent refraint un coeur felon
    XVème siècle
CH. D'ORL.: « Plaisant gouverné par sagesse »
MONSTREL.: « Il lui convint souffrir, fust à bon gré ou autrement, les s du monde »

ÉTYMOLOGIE
    Parler 1.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Proférer, prononcer, articuler des mots. "L'homme est la seule créature qui ait véritablement le don de . Un enfant qui commence à , qui ne sait pas encore . Ce malade est à l'extrémité, il ne parle plus. Vous parlez si bas, que je ne vous entends point. Il ne faut pas haut dans la chambre d'un malade. Parler du nez, de la gorge. Parler à l'oreille de quelqu'un. Parler avec peine. Avoir de la peine à . Il parle toujours entre ses dents. Parler gras."
Il se dit, en ce sens, De certains oiseaux qui imitent le langage de l'homme, comme les perroquets, les sansonnets, les geais, les pies, etc. "Apprendre à à un perroquet. Un oiseau qui commence à ."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Discourir, s'énoncer par le discours, soit dans un entretien familier, soit en public. "De quoi parlez-vous? Nous parlions de vos affaires. Parler de nouvelles. Il parle de cela en homme instruit, en habile homme. Il parle très-pertinemment de beaucoup de choses. Parler comme un ange, comme un oracle. Il parle de tout à tort et à travers, sans savoir ce qu'il dit. Je n'en parle que par ouï-dire. Il n'en parle que par envie. Je n'ai jamais entendu de cette affaire. Toute la ville en parle. Parler de tout en étourdi, comme un étourdi. Parler familièrement ensemble. Moi qui vous parle. Parler tête à tête. Parler sans témoin. Parler en public. Parler devant une grande assemblée. Parler sur-le-champ. Parler sans être préparé, sans préparation. Parler sur des matières difficiles. Parler sensément, raisonnablement, purement, correctement, etc. Parler inconsidérément, étourdiment, insolemment, grossièrement, etc. Parler en bons termes, en termes précis. Parler avec éloquence, avec véhémence, avec action, avec justesse, avec précision, avec clarté, etc. Parler avec ambiguïté, avec mystère. Parler avant d'avoir pensé. Parler sans rien dire. Parler autrement qu'on ne pense, autrement qu'on n'agit. Parler contre sa conscience. Parler beaucoup. Parler peu. Parler trop. Il a une grande démangeaison de . Parler de sang-froid. Parler de confiance. Le talent, l'art de . Parler avec quelqu'un. Parler à quelqu'un. Nous en ons tantôt ensemble. Je vous ai de quelque chose qui vous regarde. Je lui ai parlé de vos intérêts. Parlez de mon affaire au ministre. Je les ai laissés qui parlaient d'affaires. Il a de la grâce à Quand ce fut à lui de . Parler à son rang, à son tour. C'est à mon tour à . Monsieur un tel a parlé."
"Parler bien," Parler avec élégance et pureté; et, dans le sens contraire, "Parler mal," ou "Ne savoir pas ."
"Parler juste," Raisonner et s'exprimer avec justesse.
Fam., "Parler d'or," Parler de la manière la plus convenable dans la circonstance, ou la plus satisfaisante pour celui à qui on parle.
"Parler avec passion," Dire des choses que la passion suggère.
"Parler bien, mal d'une personne," En dire du bien, en dire du mal, en discourir en bien ou en mal. "Il ne faut point mal de son prochain. Il ne faut point mal des absents."
"Parler pour quelqu'un, en faveur de quelqu'un," Intercéder pour lui auprès d'un autre. "Parler contre quelqu'un," Parler de quelqu'un à dessein de lui nuire.
En termes de Palais, "Cet avocat, cet avoué parle pour un tel," Il plaide pour un tel.
Prov., "Parler de la pluie et du beau temps," Discourir, s'entretenir de choses indifférentes.
Prov., "Parler d'une affaire à bâtons rompus," En à diverses reprises, à diverses fois, et sans suite. "Il ne m'a jamais parlé de son affaire qu'à bâtons rompus."
Prov., "Parler en l'air," Parler sans aucun dessein, sans attacher la moindre importance à ce qu'on dit. "Je vous parle de cela en l'air, et sans aucune intention."
Fam., "Parler en l'air," signifie aussi, Parler sans fondement, sans être bien instruit. "Il parle de cela en l'air, et sans savoir de quoi il est question."
"Parler au hasard," Parler sans réflexion, de ce qu'on ne sait pas bien. "C'est un homme qui parle de tout au hasard."
"Parler légèrement," Parler sans être suffisamment informé. "C'est un défaut assez ordinaire que de légèrement de son prochain."
Fam., "Parler pour ," Parler sans avoir rien à dire.
Prov., "Parler comme un perroquet," Parler sans savoir ce qu'on dit, ou Parler d'après autrui.
Fam., "Parler comme un livre," Parler avec facilité, mais en termes trop recherchés et trop arrangés pour la conversation. Il se prend aussi en bonne part, et signifie, S'exprimer heureusement sur toute sorte de sujets.
Prov., "Il en parle comme un aveugle des couleurs," se dit D'un homme qui se mêle de de choses dont il n'a aucune connaissance.
"Il en parle en maître," se dit D'un homme qui parle sur une matière qu'il possède à fond; et, "Il en parle en écolier," se dit De celui qui n'a qu'une connaissance superficielle de ce dont il parle.
"Parler à coeur ouvert," Parler avec une entière franchise.
"Parler d'abondance de coeur," Parler avec épanchement, avec une pleine confiance; et, "Parler d'abondance," Parler sans préparation, ou du moins sans réciter de mémoire.
"Parler au coeur, à l'imagination, aux passions," Parler de manière à intéresser le coeur, à plaire à l'imagination, à flatter, à exciter les passions.
Fig., "Parler à un mur, aux rochers," Parler à des gens qui ne sont point touchés de ce qu'on leur dit, des représentations qu'on leur fait.
Fig. et fam., "Parler à un sourd," Parler à un homme qui est résolu de ne rien accorder, de ne rien faire de ce qu'on lui demande.
Fig. et fam., "Parler à cheval à quelqu'un," Lui avec hauteur et dureté.
Fig., "Parler haut, bien haut," Parler sans ménagement, et quelquefois avec insolence. "Ne parlez pas si haut. Je saurai bien l'empêcher de si haut."
Prov., "Il en parle bien à son aise," se dit D'un homme qui donne quelque conseil difficile à pratiquer, et qu'il n'est pas obligé de suivre, ou qui parle avec sang-froid des misères et des douleurs qu'il n'éprouve pas. "Il parle fort éloquemment du mépris des richesses; mais il en parle bien à son aise, lui qui est fort riche."
Par menace, "Je vous apprendrai à ," Je saurai bien vous contraindre à avec plus de retenue, avec plus de respect.
Fam., "Trouver à qui ," Trouver de l'opposition, de la résistance, trouver des gens qui vous tiennent tête.
"Je n'ai pu trouver à qui dans cette maison, dans cette société," Je n'y ai pas vu une personne de connaissance.
Prov., "Trop gratter cuit, trop nuit," Un grand parleur s'attire souvent de méchantes affaires.
"On en parle diversement," se dit D'une action, d'un événement qui est raconté de différentes manières, ou d'une chose que les uns louent et que les autres blâment.
"On en parle fort, il en est fort parlé dans le monde," se dit D'une chose qui fait le sujet de l'entretien du public.
Prov., "Il faut laisser le monde," ou simplement, "Il faut laisser ," Il ne faut pas se mettre en peine de ce que le monde dit mal à propos.
"Cela ne vaut pas la peine d'en ," se dit D'une chose qui est peu importante, ou à laquelle on veut paraître attacher peu d'importance. Il se dit aussi quelquefois, ironiquement, Pour relever l'importance de la chose dont on parle. "Il ne lui a volé que cent mille écus; ce n'est pas la peine d'en , cela ne vaut pas la peine d'en , qu'on en parle."
"Ne m'en parlez pas," Ne me mettez pas sur ce chapitre, n'agitez pas cette question. "Votre affaire marche-t-elle? êtes-vous content de votre avocat? Oh! ne m'en parlez pas."
"Parlez-moi de cela!" se dit en signe d'approbation ou de consentement. "Voilà un noble procédé, parlez-moi de cela! Voilà des offres raisonnables, parlez-moi de cela!" On dit dans un sens analogue, "Parlez-moi de cet homme-là!"
"Faire de soi," Faire des choses qui viennent à la connaissance de tout le monde, dont tout le monde s'entretient: cela se dit également en bien et en mal. "C'est un homme qui a bien fait de lui dans le temps."
"Cet homme n'a point fait de lui," Il n'a rien fait qui lui ait donné de la réputation.
"Cette femme n'a jamais fait d'elle," Elle a toujours eu une conduite régulière, elle n'a jamais donné prise à la médisance. "C'est une femme, une fille dont on a parlé," C'est une femme, une fille dont la réputation n'est pas intacte.
"Il en sera parlé, on en entendra ," Cela doit faire du bruit, de l'éclat dans le monde.
"Il en sera parlé à jamais," La postérité en conservera le souvenir.
"Il faut que quelqu'un ait parlé," Il faut que quelqu'un ait divulgué ce secret.
Fig. et fam., "Parler des grosses dents à quelqu'un," Le réprimander, lui avec menaces.
Prov. et fig., "Parler à son bonnet," Se à soi-même, sans adresser la parole à personne.
Fig., "Faire quelqu'un," Ajouter aux paroles de quelqu'un, y donner un mauvais sens. "On m'a fait ." Il signifie aussi, Prêter à quelqu'un un discours qu'il n'a pas tenu.
Par forme de menace, "Ne me faites point ," Craignez que je ne dise des choses qui ne seraient pas à votre avantage.
Fam., "Parlez donc." Sorte d'interpellation dont on se sert lorsqu'on se dispose à demander compte de quelque chose à quelqu'un. "Parlez donc, n'avez-vous pas vu le livre que je cherche?"



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois dans une acception plus étendue, Expliquer ses sentiments, sa pensée, déclarer son intention, sa volonté. "C'est un homme qui ne veut pas nettement. On a fait ce qu'on a pu pour le faire , mais il n'y a pas eu moyen d'en venir à bout. Je saurai bien le faire . Expliquez-vous mieux, ce n'est pas là . Parler au nom de quelqu'un. Parler de son chef. Parler avec mission. Parler par truchement, par interprète. Le roi a parlé par la bouche de son ministre. Vous n'avez qu'à , vous serez servi. Il parle de s'en aller. Il parle de se marier."
Fam., "Voilà ce qui s'appelle ," ou simplement, "Voilà ;" ou encore, "C'est , cela," se dit Lorsque quelqu'un fait des propositions plus avantageuses qu'on ne s'y attendait. On emploie aussi ces locutions Pour louer quelqu'un qui a dit, sur une question longtemps agitée, des choses claires, lumineuses, péremptoires.
"Parler en maître," Parler comme un homme dont le sentiment fait autorité. Il signifie aussi simplement, Parler d'un ton d'autorité, soit qu'on en ait le droit, soit qu'on ne l'ait pas.
"Dieu parle au coeur des pécheurs," Il leur envoie de saintes inspirations, il leur donne de bons mouvements.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie figurément, et signifie, Manifester ses sentiments, ses pensées par un autre moyen que celui de la parole. "Les muets parlent par signes. Il me parlait des yeux et du geste. Ils se parlent des yeux. Chaque mouvement de cet habile pantomime parlait aux yeux des spectateurs."
Il se dit aussi, figurément, Des choses morales ou inanimées qui ont ou qui semblent avoir une sorte de langage. "La peinture parle aux yeux. Les cieux et toute la nature parlent de la puissance du Créateur. Ses yeux parlent plus éloquemment que sa bouche. Son visage parle. Son amour parlait par ses yeux. Son silence même a parlé. En votre absence, tout nous parlait ici de vous. La nature, le sang a parlé, quand il a revu son fils malheureux et repentant."
"Les murailles parlent," Il se trouve souvent des témoins des choses mêmes les plus cachées.
"Cela parle tout seul, parle de soi," Cela se comprend sans qu'il soit besoin d'explication. On dit dans le même sens, "La chose parle d'elle-même."
"Son mérite, ses services parlent, parlent pour lui, parlent en sa faveur," Son mérite, ses services le rendent recommandable, rendent ses prétentions légitimes.
"Tout parle pour lui," Le bon droit, l'équité et la raison sont de son côté.
"Il n'a rien qui parle pour lui, rien ne parle en sa faveur, tout parle contre lui," Il n'est recommandable sous aucun rapport; le bon droit, la raison est contre lui.
En matière d'Affaires et de Procès, "Cette pièce parle contre lui," Elle est contraire à ses prétentions, elle les détruit.
"La vérité, la raison, l'équité parle par sa voix, par sa bouche," Ce qu'il dit est rempli de vérité, de raison, d'équité.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Expliquer sa pensée par écrit. "Aristote a très-bien parlé de cette matière dans tel livre. Cet auteur parle de physique comme un homme qui n'y entend rien. Il ne me parle point de cela dans sa lettre."
"Parler dans un contrat, au contrat," Déclarer sa volonté dans un contrat, intervenir au contrat, s'obliger par le contrat. "Vous avez parlé dans le contrat, et par conséquent vous y êtes obligé. Sa femme n'a pas parlé au contrat."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois Des écrits, dans un sens analogue au précédent. "La loi est formelle là-dessus, et parle très-clairement. Le contrat ne parle point de cette clause. Sa lettre me parle de vous."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi activement. "Parler une langue. Parler français, italien, allemand, etc. Parler latin. Parler la langue française, la langue italienne, etc. Il parle bon français. Il parle bon espagnol. Il parle bien sa langue. Il parle plusieurs langues. Le langage que parlaient nos pères. Ce poëte dramatique, ce romancier fait à chacun son langage."
Fig., "Parler français," S'exprimer clairement, intelligiblement. On dit dans le même sens, mais populairement, "Parler chrétien."
Fig. et fam., "Parler français," Expliquer nettement son intention sur une affaire. "Parlez-nous français. On a bien de la peine à vous faire français."
Fig. et fam., "Parler français à quelqu'un," Lui avec autorité, et d'un ton menaçant.
Fig. et fam., "Parler grec, bas breton, haut allemand," S'exprimer d'une manière inintelligible, comme si l'on parlait une langue inconnue.
Prov. et fig., "Il parle latin devant les cordeliers," se dit D'un homme qui parle de science devant des gens plus habiles que lui.
Fam., "Parler phébus," S'exprimer avec emphase, en termes ampoulés.
"Parler raison," Parler sagement, raisonnablement. "Il faut de bonne heure raison aux enfants." Il signifie aussi quelquefois, Se mettre à la raison. "Voilà raison. C'est raison, cela."
"Parler affaires," S'entretenir d'affaires. "Parler géométrie, musique, peinture, politique, etc.," En raisonner, en discourir. "Parler chasse," S'entretenir de chasse. "Parler chicane," S'exprimer en termes de chicane; Parler de procès.



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore activement par rapport à la manière de prononcer une langue. "Parler gascon, normand," Parler français avec un accent gascon, avec un accent normand.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel, dans le sens passif. "La langue française se parle, est parlée dans toute l'Europe."



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Langage, manière de . "Il a un doux et gracieux. Il a un rude et choquant. Il a un niais, le niais. Il a le bref, lent, lourd."
Fam., "Avoir son franc ," S'être mis sur le pied de dire tout ce qu'on pense.
Prov. et fig., "Jamais beau n'écorche la langue," Il est toujours bon de honnêtement.



11ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Du jargon, de l'accent particulier à certaines contrées de la France. "Le picard. Le normand. Quel est-ce là? Je n'entends pas leur . Je l'ai reconnu à son ."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

et quelquefois actif. 1°. Proférer, prononcer, articuler des mots. 'Cet enfant comence ". 'Il est mourant, il ne "parle" plus. 'Notre-Seigneur a fait "parler" les muets.
- 2°. Discourir, soit en particulier, soit en public. '"Parler" bien "ou" mal; "en" homme instruit. '"Parler sur" des matières dificiles. '"Parler" avec véhémence, avec action. = 3°. Expliquer ses pensées, ses sentimens. 'On a fait inutilement tout ce qu'on a pu pour le "faire ". 'Ce n'est pas là "parler"; c'est "parler" que cela. = La Loi "parle" clairement là-dessus.
   "Rem." On dit ordinairement: il faut "lui ", je veux vous "parler"; mais quelquefois l'on dit, dans le "style familier": 'Est-ce que vous "parlez à moi"? oui, je veux " à vous". Il a un sens plus fort avec ce régime. 'Nous "parlerons à" lui une autrefois; et il ne faut pas mêler tant de matières, quand on veut en donner l'intelligence. BOSS. = "Parler", est quelquefois act. On dit: " une langue", et non pas "d'une langue".
   "D'un langage" nouveau, "j'ai fait le" loup.
       "La Fontaine".
Il faut dire:
"J'ai fait " au loup "un langage" nouveau.
'"Faisant " chaque passion "du langage" qu'elle doit avoir. P. "Rapin", parlant de "Tite-Live". Il faut dire, "faisant à" chaque passion "le langage", etc. 'Il y a bien des gens que la vanité fait " grec", et même "d' un langage" qu'ils n'entendent pas. "Mallebr." Il faut: et même "une langue", etc. = Il régit aussi activement des noms sans article, mais seulement dans le st. simple: " raison", " physique": 'Une aussi belle bouche que la sienne n'est pas faite pour " raison". MARM. 'Vous "parlâtes politique et gouvernement". Coyer. '"Parlons jardins", "légumes", "fruits", à la bone heure. "Pluche". = "Entendre " n'a pas les régimes "d' entendre dire". Le P. "d'Avrigni" a eu une distraction, quand il a dit: 'Jusque là on "n'avoit pas entendu que" quelques affuts de manque dans une ville ocasionassent une rupture quatre ans après. = "Parler mal" et "mal " ne sont pas synonymes: le 2d tombe sur les chôses que l'on dit, et le 1er sur la manière de les dire: celui-ci est contre la Gramaire, et l'aûtre contre la Morale. Il ne faut, ni " mal" des absens, ni "mal " devant les Savans. = Au reste, cette distinction n'a lieu qu'à l'infinitif et dans les tems composés du verbe "parler". On ne dirait pas, il "mal parle", il "mal parlait": il faudrait prendre un aûtre tour, et dire, par exemple: il ôse "mal ", il se donait la liberté de "mal ", etc. "Beauzée", Synon. = Ajoutons que " mal" peut se dire dans les tems simples, pour "mal ". Il "parle mal de" tout le monde. Mais ce qui ôte l'équivoque, c'est que quand il est question de langage, " mal" s'emploie sans régime";" et quand il s' agit de censûre et de médisance, il régit la prép. "de". Cet homme "parle mal:" il "parle mal de" vous. = "Trouver à qui ", et "trouver avec qui ", ont aussi des significations diférentes. Le 1er signifie, que nous trouvons gens qui nous répondent, qui nous rabatent le caquet; le second, qu'on trouve gens avec qui l'on peut s'entretenir. On fait dire au P. "Hardouin", dont les Confrères désavouaient les opinions, que, dans le Collège de Louis le Grand, il "trouvait à qui ", mais qu'il "ne trouvait pas avec qui ". Anecdotes Littéraires. = Le premier se prend plutôt en mal qu'en bien. Mde. "de Sévigné" lui done pourtant un bon sens. 'Ils n'ont que vos afaires dans la tête: ils "ont trouvé à qui ", et notre conférence a duré jusqu' à midi. = On dit, "généralement parlant", et généralement": le premier est le plus usité, et il se met ordinairement à la tête de la phrâse: '"Généralement parlant", tous les Romains, depuis les Sénateurs jusques aux moindres "Plébéïens", étoient Laboureurs. "Vertot". = "Faire de soi" se prend ordinairement en mauvaise part. 'Il "fait" beaucoup " de lui": c'est un malheur à une femme de "faire d' elle".
   En st. prov. " par compâs", c'est avec gravité, en mesurant ses paroles. "Parler à un sourd", à quelqu'un qui ne veut pas se laisser persuader. Voy. BâTON, FRANÇOIS, OR. = "La chôse parle d'elle-même"; elle est évidente.
   SE PARLER, parlant d'une langue, est un "réciproque passif": être parlée: la langue française "se parle" par toute l'Europe.
   PARLER, s. m. Il se dit du son de la voix et non de la conversation. On dit: il a "le " fort doux, ou fort rude: on le reconait "à son "; mais on ne dit pas, comme un Auteur moderne: '"Le " de deux persones spirituelles ne ressemble point aux disputes fougueûses de l'École. "Anon." On doit dire "la conversation".




Emplacement dans le dictionnaire :

parjurer (se)
parking
parlage
parlant
parlé
parlement
parlementage
parlementaire
parlementer

parler raison
parloir
parmain
parme
parménie
parmesan
parmi
parnasse
parnassien
parodie
parodié




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...que tu plais à cette âme où je remue en vain les cendres du désir ! Les lys sont orgueilleux, la rose a trop de flamme, et le myrte frivole aime trop le plaisir. 2e LIVRE (IV) Je viens de mal parler de toi, rose superbe ! Si ton éclat est vif, rose, tu sais pourtant, seule dans le cristal, au milieu de la gerbe, aussi bien que les yeux rendre le coeur content. Un jour, contre le mur d'une porte...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...qui passez sur la route, saouls de la sève des bois, chantez, riez ! Moi j'écoute en secret une autre voix : qui soupire de la sorte ? ô mon âme, n'est-ce pas une branche déjà morte qui vient de parler tout bas ? 6e LIVRE (XI) Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes qui couvriront l'étang du moulin ruiné, quand le vent remplira le trou béant des portes et l'inutile espace où la meule a...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...occupé jamais de lui donner des notions de devoir ni de conduite, ni de rien au monde. Moi seul peut-être, moi, que sa destinée et une prière de sa mère avaient mis sur son chemin, j'avais pu lui parler de ces choses nouvelles, mais trop tard sans doute, ou trop vaguement. La discipline du bord, c'était là le grand frein qui avait conduit seul sa vie matérielle, la maintenant dans cette...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...dit-il, des marins de mon pays, auxquels j'ai promis, et qui m'attendent. Alors j'essayai de le raisonner, le prenant à part ; obligé de dire tout cela très vite, car le temps pressait obligé de parler bas et de garder un air très calme, car il fallait dissimuler cette scène aux autres, qui étaient là, tout près de nous. Et je sentais que je faisais fausse route, que je n'étais plus moi-même, que...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...bord, où on l'avait mis aux fers, disait-il ; et il s'était échappé parce que c'était injuste. Il semblait très exaspéré ; son tricot bleu était déchiré et sa chemise ouverte. Elle essayait de lui parler bien doucement, de le calmer. C'était précisément une belle journée de dimanche ; il faisait un de ces temps rares d'arrière-automne qui ont une mélancolie paisible et exquise, qui sont comme un...


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